Lewis Black sur le pouvoir qui change la vie de Kurt Vonnegut
J’ai eu de la chance. j’ai lu Berceau du chat et puis Les sirènes de Titan et puis Abattoir-Cinq et puis et puis et puis tout le travail de Kurt Vonnegut. Il faisait partie de ces écrivains dont on s’énervait lorsqu’on réalisait qu’on avait presque fini de lire le livre. J’ai commencé à le lire quand j’avais seize ans et que je travaillais comme collecteur de taxes dans un parking à Silver Spring, dans le Maryland. D’une manière ou d’une autre, et je ne m’en souviens pas, mais à peu près au même moment, une copie de Berceau du chat tombé comme par magie entre mes mains.
Je dis que c’était magique parce que je ne sais pas comment un livre qui a changé ma vie s’est retrouvé entre mes mains. Cela a changé ma vie. Je lisais un livre et j’avais l’impression que l’auteur me racontait, à moi seul, une histoire. Comme s’il me parlait et voulait que je comprenne que je n’étais pas le seul à penser que le monde était fou. Voici un adulte qui me disait qu’il savait que c’était le cas aussi. Pas un de mes amis, mais un adulte.
Enfin, quelqu’un qui avait vécu une vie voyait le monde comme moi. J’avais des problèmes avec le monde depuis qu’on m’avait dit qu’en cas d’attaque nucléaire, je devais me mettre sous mon bureau. Je ne comprenais pas pourquoi. J’avais observé ce que la bombe A pouvait faire. En quoi un bureau allait-il m’aider, à moins qu’il ne me fasse brûler plus vite ? Tout d’un coup, j’ai réalisé que ce n’était pas parce que quelqu’un commandait qu’il savait ce qu’il faisait. La fissure en réalité, comme celle d’un pare-brise, a commencé à s’agrandir. Les adultes n’ont pas du tout vu la fissure, mais Kurt l’a vu et cela a fait toute la différence dans le monde. Je savais que je n’étais pas fou.
C’était encore meilleur par le fait qu’il était drôle à rire ; parce qu’il disait ce que je croyais être la vérité tout en présentant des idées et des arguments de la manière la plus douce imaginable. Comme si tout le monde devait savoir qu’il s’agissait de vérités qui devraient aller de soi pour tout être humain sensé. Le recueil d’essais de Vonnegut, Un homme sans paysnous donne tout cela de manière très simple. Il dévoile l’épine dorsale de sa fiction, sa philosophie personnelle et comment il l’a apprise de sa famille et de la vie qu’il a vécue. Ici, il l’applique à l’époque dans laquelle il vivait et à la politique de cette époque. C’est comme s’il l’écrivait pour nous aujourd’hui et pour les temps que nous traversons actuellement. Et je crois que cela se lira de cette façon à tout moment dans le futur. Car comme sa fiction, Un homme sans pays est intemporel.
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Depuis Un homme sans pays de Kurt Vonnegut, disponible via Seven Stories Press.
