Melissa Broder à propos du classique oublié de 1961 de Jennifer Dawson, The Ha-Ha
Dans Le Ha-HaJennifer Dawson s’appuie sur sa propre histoire de patiente dans un hôpital psychiatrique pour raconter l’histoire de Josephine Traughton, une jeune femme qui fait une dépression alors qu’elle étudiait à Oxford dans les années 1950 et est internée dans un hôpital de la campagne anglaise.
Comme Joséphine, Dawson a passé six mois à l’hôpital Warneford d’Oxford après une dépression nerveuse au cours de sa troisième année au St. Anne’s College. Joséphine rencontre un autre patient, le névrosé Alasdair Faber, alors qu’elle est allongée dans un ha-ha (qui est, selon Google AI, « un fossé gazonné utilisé pour empêcher le bétail de paître hors d’un jardin ou d’un domaine »). Alasdair lui révèle, pour la première fois, que son diagnostic est la schizophrénie. Il est un étrange messager de cette information : aucun médecin ni infirmière ne lui a expliqué directement le diagnostic de Joséphine. Pourtant, les deux forment une amitié qui finit par devenir romantique.
Si leur romance sert de catalyseur à sa réalisation personnelle, c’est l’expérience de Joséphine de la schizophrénie dans la société anglaise, où elle sent qu’elle n’a pas le « don d’exister », qui donne à ce roman sa profondeur spirituelle et existentielle. Qu’y a-t-il de si miraculeux dans Le Ha-Hun— Le premier roman de Dawson, publié en 1961 — n’est pas seulement l’éventail de concepts religieux et philosophiques qu’il aborde, mais aussi la manière dont Dawson extériorise concrètement ces expériences intérieures.
Le Ha-Ha peut être lu à travers les lentilles du mysticisme chrétien, de l’absurdisme, de l’existentialisme ou de la conception bouddhiste zen de la conscience du moment présent comme illumination.
La relation entre la maladie mentale et la spiritualité est un sujet difficile à aborder, car les problèmes de santé mentale et les croyances spirituelles sont profondément personnels. Les schizophrènes éprouvent parfois des perceptions altérées de la réalité, comme des hallucinations visuelles et auditives. Mais vus dans le contexte du mysticisme, ces états alternatifs de conscience peuvent être présentés comme des éveils transcendantaux, ou même comme des communications avec le divin. En fin de compte, c’est à l’individu de définir lui-même son expérience.
Le Ha-Ha peut être lu à travers les lentilles du mysticisme chrétien, de l’absurdisme, de l’existentialisme ou de la conception bouddhiste zen de la conscience du moment présent comme illumination. Alors que le roman approche de son apogée, Joséphine a un moment épiphanique au cours duquel elle dit : « J’ai entendu la voix dehors plus clairement. Elle m’appelait distinctement… Les couleurs éclataient en éclat… et je savais que Dieu était là. »
Le Dieu de l’illumination et du mystère de Joséphine n’est pas un Dieu chrétien traditionnel. Les religieuses qui servent à l’hôpital psychiatrique définissent la santé comme une progression vers le monde terrestre plutôt que vers le monde céleste : un retour au monde des amitiés et des fêtes où Joséphine se sentait étrangère et isolée. De même, la Bible une fois lue par la mère de Joséphine la laisse froide. Elle dit : « ‘Les renards ont des terriers… et les oiseaux ont leurs nids, mais le fils de l’homme…’ Cela lui a soudainement semblé être faux. »
Pourtant, Joséphine a des visions béats alors qu’elle est assise sur la colline avec une autre patiente qu’elle appelle « Judas Iscariot ». Elle fait l’expérience d’une révélation divine lorsqu’Alasdair l’emmène à la rivière Severn, la rivière étant un symbole chrétien de renouveau, de nettoyage, de guérison et de transformation. Comme le mystique saint François, Joséphine a une parenté avec les animaux, même si ses bêtes sont hallucinées : kangourous, papillons, serpents, tatous et gazelles. Ce sont, en partie, ses visions de ces animaux lors d’une fête à Oxford qui lui ont valu d’être institutionnalisée.
L’absurdité de l’existence, l’humour et la terreur souvent simultanés de ne pas savoir à quoi sert la vie, sont un thème qui revient à plusieurs reprises tout au long du roman.
L’une des raisons qui expliquent le début du traitement de Joséphine est ses éclats de rire apparemment inappropriés : lors de fêtes, où rien ne semble drôle, et dans des espaces plus calmes comme sa chambre d’hôpital. Lorsqu’elle explique cela à Alasdair la première fois qu’elle le rencontre dans le ha-ha, il lui demande pourquoi elle a autant ri de la condition humaine « horrible ». «Je ne sais pas», dit-elle. « Juste que ça semblait tellement drôle d’être en vie. »
L’absurdité de l’existence, l’humour et la terreur souvent simultanés de ne pas savoir à quoi sert la vie, sont un thème qui revient à plusieurs reprises tout au long du roman. Parfois, les pieds de Joséphine sont trop légers, « comme du papier », et rien ne peut lui dire qu’elle existe. Elle s’interroge sur la précarité d’une pièce et se demande ce qui la soutient. Lors d’une fête à laquelle elle est encouragée à assister, les têtes « bougent et se tournent, les bouches s’ouvrent et se ferment » et « personne ne semble penser que c’était une situation surprenante ».
L’expérience d’aliénation et d’étrangeté de Joséphine rappelle une citation de l’écrivain existentialiste Albert Camus : « À n’importe quel coin de rue, le sentiment d’absurdité peut frapper n’importe quel homme au visage. » Dans la veine de la pièce Les Mouches de Jean-Paul Sartre, Joséphine déclare que les êtres humains ne sont que des mouches. « Vous êtes… toujours préoccupé par les grandes choses cosmologiques dans leur ensemble. Vous êtes tellement existentiel », dit Alasdair. À propos de sa schizophrénie, il dit : « Ce n’est qu’une façon de dire que vous êtes plus réel que la plupart des gens, plus impliqué dans les principes fondamentaux de l’existence. »
Elle demeure dans le mystère de la vie, qu’elle décrit comme le « hasard » de tout cela.
L’engagement de Joséphine avec ces fondamentaux de l’existence, sa profonde immersion dans le moment présent, rappelle l’idéal bouddhiste zen de l’illumination comme ici et maintenant. « Comme je me souviens bien de cette première nuit ! » dit-elle à propos de son admission à l’hôpital psychiatrique. « Tout était alors si clair, comme si je m’étais réveillé après un rêve pour voir une lumière éblouissante au plafond… J’étais déjà réveillé et libre, et le reste ne me semblait pas du tout important. » Elle existe dans une sorte de conscience nue, incapable de suivre les règles sociales ou de jouer à des jeux. Elle évite les étiquettes, même jusqu’à son propre nom, qui, selon elle, « n’a jamais été ». Elle demeure dans le mystère de la vie, qu’elle décrit comme le « hasard » de tout cela.
Avec une tendance naturelle au non-attachement, elle est toujours consciente de notre éphémère. Au fur et à mesure que le roman avance, la présence d’Alasdair et l’affection que Joséphine éprouve pour lui apparaissent comme un point d’ancrage dans la fragilité de sa réalité. Elle se sent soutenue par lui, physiquement et psychologiquement. Il lui apprend à considérer sa maladie comme quelque chose de spécial plutôt que comme un handicap.
Mais en fin de compte, l’amour terrestre devient également éphémère. «Je voulais seulement gravir la colline…», dit-elle, «et capturer ce qui m’avait glissé entre les doigts, que ce soit l’amour ou si c’était seulement la proximité physique et la chaleur qui avaient empêché cette légèreté d’entrer.» Ce que Joséphine prend pour la voix d’Alasdair s’avère, au contraire, être la voix de Dieu et l’ancre qu’elle a perçue en lui, elle doit la trouver en elle-même.
Dans sa postface de 1985 à Le Ha-HaJennifer Dawson explore ses implications sociopolitiques et féministes, plutôt que ses thèmes religieux ou philosophiques. Elle exprime son respect pour les « véritables questions » sur les droits des patients défendues par la Nouvelle Gauche au milieu des années 1960 et au début des années 1970. Simultanément, elle exprime son antipathie à l’égard du détournement par des « pillards politiques » de la loi britannique sur la santé mentale de 1959, qui ont manipulé le libéralisme de la loi pour créer de nouvelles zones de développement économique grâce à « l’élimination des bidonvilles » psychiatriques.
Mais la nature de la littérature, en elle-même, ne nécessite pas de prendre position d’un côté ou de l’autre sur une question. La littérature est expérientielle, la littérature est personnelle, et celle de Jennifer Dawson Le Ha-Haqui démontre sa rare capacité à transmettre de manière lisible et vivante le fonctionnement intérieur d’un esprit tout à fait unique, est une magnifique expérience littéraire.
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Extrait de Le Ha-Ha par Jennifer Dawson. Copyright © 1961 par Jennifer Dawson. Introduction copyright © 2025 par Melissa Broder. Réimprimé avec la permission de Scribner, une division de Simon & Schuster.
